Grimpe en Val d'Orco

Date: 
Dimanche, 17 Septembre, 2017 - 21:30
 
Avec Julien V. nous sommes allés tâter de la fissure dans le Val d'Orco en Italie (au pied du Grand Paradis).
 
Nous avons eu de bonnes conditions... de regel (!), c'est pas vraiment ce qu'on était venu chercher mais on a fait avec et on va dire que c'est de bon augure pour la saison de ski.
 
Le 1er jour on est allés faire le classique Spigolo à la tour de Aimonin (6a+ max, peu soutenu) avec de très belles fissures pour se mettre dans l'ambiance.
Le 2e jour la pluie nous surprend alors qu'on se prépare à partir, nous allons donc faire de la couenne à l'abri à Bosco.
 
Le 3e jour c'est Nautilus: 6 longueurs avec plein de belles fissures en 6a max mais la voie doit son nom à une cheminée d'anthologie en L3 que beaucoup de cordées évitent par une des 3 variantes.
Au relais je quitte le dièdre évident en 5c (variante #1) et après une petite traversée en dalle je rentre dans la cheminée, c'est parti pour un grand moment de solitude :)
Je remonte facilement le fond de la cheminée mais jusqu'à où ? je sais que le 1er bloc coincé donne accès à la seconde variante (trop facile), je m'enfonce un peu plus. Au dessus de moi il y a 20m de ramonage qui fait peur, bien lisse, bien sombre et sans protection. Je vais donc un peu plus au fond où il y a un second bloc coincé, je grimpe par derrière sur le bloc coincé et comprends mon erreur: pour sortir par le haut je dois ramoner en traversée vers la sortie, mais la corde reste coincée derrière le bloc. Je pose un hexentric sur le bloc, me vache dessus, me couche sur le bloc et  après diverses contorsions j'arrive à attraper la corde de l'autre coté du bloc et à me ré-encorder avec la corde du bon coté, Julien se débrouillera pour ramoner de l'autre coté du bloc. Ouf, maintenant il reste à ramoner, mais j'aperçois une petite fissure pour protéger avant la sortie plein gaz.
Dans L4 en 5a (!) il y a un drôle de réta en traversée que Julien passe judicieusement en se posant à plat ventre et en rampant sur la dalle, alors que je monte le pied très haut et doit tirer comme un mulet sur des mini grattons.
L5 est la longueur clef en 6a, un dièdre lisse et peu adhérent avec une fissure à doigts dans le crux, et une fissure à verrous plus haut,  il y a du y avoir des combats: la longueur est un musée avec 5 ou 6 friends coincés à demeure.
 
Au programme du 4e jour c'est la "Fessura de la Disperazione", un mythe de l'offwidth (fissure trop large pour être bien et verrouiller les mains et trop étroite pour y rentrer le corps), une même fissure qui court sur 3 longueurs sinueuses bien soutenues (peu de pieds, peu de prises franches) avec beaucoup de traversées et qu'on dit peuplée de lutins qui vous poussent vers l'extérieur. Dans ce style très particulier le topo a inventé une cotation double: 6a+ dans la fissure, 6b+ à l'extérieur, je n'ose pas imaginer faire les 3 longueurs en reptation dans la fissure, ça doit être juste horrible, le mieux c'est d'en faire le maximum en extérieur en rentrant une jambe ou plus de temps en temps pour se reposer. Avant l'invention des gros camalots il fallait être un tantinet suicidaire pour se lancer là dedans, on est partis avec deux #6, deux #5, un #4 et quelques petits friends ce qui nous a permis de poser cinq points par longueur, avec moins c'est vraiment expo et plus ça ferait vraiment lourd à tirer.
Le spécialiste de l'offwidth dans l'équipe c'est Julien, je me dévoue donc pour attaquer la 1ere longueur en 5 en tête et lui laisser le 6a+ qui suit. la dalle est bien lisse, la fissure pas toujours franche mais il y a de bons repos pour poser les protections, ça passe !
Julien attaque les choses sérieuses avec L2, il y a déjà un pas retord juste au dessus du relais, il pose le #6 un peu à l'arrache et c'est là que les lutins interviennent: le camalot se bloque, Julien pose un #5 juste au dessus, se vache dessus et essaie de déloger le #6. Il y passe un certain temps voire un temps certain (je vous fais grâce des jurons, les lutins devaient se faire tout petits au fond de la fissure) et retourne au relais dépité. Après un bref conciliabule, je mouline Julien au sol (en re-posant les protections en traversée pour pouvoir remonter), Julien prend un caillou et remonte au relais. La séquence bricolage reprend avec le caillou comme marteau et le décoinceur comme burin, la fissure est désormais plus large de quelques millimètres mais on a récupéré le précieux #6, retour au relais pour un peu de repos et ça repart.  Un beau morceau que cette 2e longueur avec 2 longues traversées qui permettent au second de partager les émotions du leader, de bons coincements de jambe pour se reposer, le plus dur c'est de quitter ces positions de repos et de repartir les mains à plat sur le bord de la fissure et les pieds sur la dalle lisse. Au second relais la fissure qui suit (6a) fait bien peur, je cède volontiers mon tour à Julien, j'aurai aussi ma part d'émotions en second avec les traversées mais au moins je pourrai voir comment Julien s'y prend. La première partie est verticale et se prend en dülfer en coinçant les pieds en talon-pointe, parce-que le coté ou on aimerait pouvoir poser les pieds à plat est en retrait, ensuite il y a une traversée où on peut bien se coincer dans la fissure pour se reposer. Et c'est là que les lutins sont à nouveau de la partie!, ils m'ont défait le lacet de mon chausson, Hmm comment m'y prendre ? je n'ai pas envie de riper sur les lacets ou de perdre mon chausson en plein traversée, après quelques  contorsions, je parviens à bloquer une jambe dans la fissure et dégager l'autre pied et les 2 mains pour refaire le lacet, je ne suis pas peu fier de ma performance :) Ensuite il y a encore un bout de fissure bien ronde où je progresse péniblement en reptation, et la traversée finale est enfin facile. Ces 3 longueurs nous ont pris 4 heures, bricolage compris. Ensuite on part dans 6 longueurs en dalle en panachant quelques voies, ces dalles même expo sont une vraie détente après la Disperazione.
 
Quelques photos ici:
 
Pierre